dimanche 8 février 2015

Principes de la philosophie stoïcienne - Mise en place d'une routine

Avant-propos : puisque philosopher c'est "penser sa vie et vivre sa pensée", cet article va vous présenter comment essayer de mettre en pratique, au quotidien, les principes de la philosophie stoïcienne. Pour définir les exercices spirituels présentés dans le présent article, je me suis appuyé sur le programme prévu pour la semaine stoïcienne 2014 trouvé sur le site Stoicism Today, ainsi que sur le contenu du livre d'Elen Buzaré "Stoic Spiritual Exercices". La routine décrite ci-dessous évoluera très certainement avec le temps et mon propre retour d'expérience dans sa mise en application. J'ajouterai également, je pense, des outils ou des aides que je vais développer pour rendre plus facile l'application de cette routine. Cet article n'abordera pas les exercices d'attention à soi, proches des techniques de méditation employées dans le Bouddhisme, et sur lesquelles je n'ai pas d'expérience pratique pour le moment.

Routine stoïcienne



Méditation du matin


"Avec de pareilles pensées toujours à ta disposition, en les triturant en toi-même, en faisant d'elles tes pensées usuelles, tu n'auras besoin de personne pour t'encourager et te donner des forces."
Épictète, Entretiens III, 24, 115

Les pensées mentionnées par Épictète appartiennent à un des trois domaines de la philosophie stoïcienne :
  1. Physique : concerne les désirs et les aversions, vise la suppression des passions.
  2. Ethique : concerne les propensions et les révulsions à agir, tient à la question du devoir.
  3. Logique : concerne la prévention dans la précipitation du jugement, marque la discipline de l'assentiment.
Lors de la méditation du matin il s'agira de choisir un des exercices d'un des trois domaines ci-dessus, répéter à soi une des citations sélectionnées (ou la formule générale proposée), et d'imaginer comment la mettre en pratique durant le reste de la journée.

Il faut pratiquer cette méditation pendant 5-10 minutes en choisissant des événements clés ou des challenges spécifiques qui pourraient apparaître dans la journée. Il s'agit alors d'imaginer que certains de vos plans ne se dérouleront pas comme prévus ou que vous aurez affaire à des personnes difficiles.

Vous trouverez ci-après les différents exercices des trois domaines.

La Physique en pratique - La discipline des désirs (et aversions)


A celui qui veut pratiquer l'ascèse des désirs (et des aversions), Épictète conseille de supporter les injures, d'user du vin avec modération, de s'abstenir d'un gâteau ou d'une jolie fille, et de ne pas craindre la pauvreté, la maladie ou la mort, de ne pas rechercher les magistratures, les honneurs ou les richesses.

Épictète conseille à l'apprenti-philosophe de supprimer totalement le désir pour le moment, au risque que ce dernier se retrouve dans l'infortune en désirant quelqu'une des choses qui ne dépendent pas de lui. Selon Épictète il ne faut pas prétendre à atteindre immédiatement et sans préparation ascétique les états supérieurs de perfection. Il faut d'abord commencer par l'aversion contre les comportements irrationnels, il faut d'abord reconnaître ses erreurs et ses défauts, déraciner ses passions. Désirer une perfection inaccessible plongerait l'apprenti-philosophe dans la tristesse et le découragement.

La liste des exercices d'application du discours intérieur sur les désirs (et aversions) est donnée ci-dessous. 

Prévision des maux

Cet exercice consiste à se préparer à endurer des événements déplaisants ou douloureux. Il n'y a pas de crainte à s'imaginer des événements qui pour d'autres seraient considérés comme mauvais, puisque d'une part des maux futurs ne sont pas des maux car ils ne sont pas encore présents et d'autre part que des événements comme la maladie, la pauvreté ou la mort ne sont pas des maux car ce ne sont pas des événements qui dépendent de nous.

"Ne te trouble pas toi-même en te représentant à l'avance la totalité de ta vie. Ne cherche pas à additionner mentalement, dans leur intensité et leur nombre, toutes les difficultés pénibles qui pourraient vraisemblablement survenir. Mais à l'occasion de chacune, lorsqu'elle se présente, interroge-toi toi-même : "Qu'y a-t-il dans cette affaire d'insupportable et d'intolérable ?" Car tu rougiras de toi-même si tu réponds oui à cette question. En outre, rappelle-toi que ce ne sont ni le passé ni le futur qui pèsent sur toi, mais toujours le présent. Mais celui-ci te paraîtra plus petit, si tu le circonscris en le définissant et l'isolant, et si tu fais honte à ta faculté de réflexion si elle n'est pas capable d'affronter cette petite chose isolée."
Marc Aurèle, Pensées, VIII, 36

"Il y a des maux qui atteignent le sage, sans l'abattre d'ailleurs, comme la douleur physique, l'infirmité, la perte des amis, des enfants, les revers d'une patrie dévorée par la guerre: à ces choses, j'avoue qu'il est sensible, car nous ne lui imposons pas la dureté du roc ou du fer. Il n'y a pas de vertu à supporter ce qu'on ne sent pas."
Sénèque, De la constance du sage, X, 4

"Il faut retrancher ces deux choses: la crainte de l'avenir, le souvenir des maux anciens. ceux-ci ne me concernent plus et l'avenir ne me concerne pas encore."
Sénèque, Lettre à Lucilius, 78, §14

"Dès l'aurore se dire à l'avance: je vais rencontrer un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un égoïste. Tout cela leur vient de l'ignorance où ils sont de la distinction entre les biens et les maux."
Marc Aurèle, Pensées, II, 1

Ces deux dernières citations peuvent être considérées comme des formules simples à retenir dans le cadre de cet exercice. 

Définition physique

Cet exercice vise à définir en des termes précis ce à quoi nous sommes attachés. Cette définition va nous aider à distinguer les jugements affectifs et subjectifs que nous portons sur la représentation objective que nous devrions avoir. Cet exercice qui est commun avec le domaine de la Logique vise ici à réduire nos envies de possessions et d'accession à certains statuts sociaux élevés.

"Aux préceptes que j'ai dits, ajoutes-en encore un :  toujours définir ou décrire l'objet de ta représentation, de façon à voir distinctement ce qu'il est essentiellement, à nu et pris en entier, à le désigner en soi-même par le mot propre, ainsi que tous les éléments dont il est composé et en lesquels il se résout."
Marc Aurèle, Pensées, III, 11

"Pour chaque chose qui t'attire ou qui t'est utile ou que tu aimes, souviens-toi d'ajouter pour toi-même ce qu'elle est, en commençant par les choses les plus humbles. Si tu aimes une marmite, dis-toi : "J'aime une marmite." Car, si elle se casse, tu n'en seras pas troublé. Si tu embrasses ton enfant ou ta femme, dis-toi : "J'embrasse un homme." S'il meut, tu ne seras pas troublé."
Épictète, Manuel, 3

"Comme il est important de se représenter, à propos des mets recherchés et d'autres nourritures de ce genre : "Ceci est du cadavre de poisson, ceci est du cadavre de d'oiseau ou de porc", et aussi : "Ce Falerne, c'est du jus de raisin", "Cette pourpre, c'est du poil de brebis mouillé du sang d'un coquillage". Et, à propos de l'union des sexes : "C'est un frottement de ventre avec éjaculation, dans un spasme, d'un liquide gluant." Comme sont importantes ces représentations qui atteignent les choses elles-mêmes et les traversent de part en part en sorte que l'on voit ce qu'elles sont en réalité."
Marc Aurèle, Pensées, VI, 13

On pourra retenir pour cet exercice la formule simple suivante : "Tu n'es qu'une pure représentation et tu n'es en aucune manière ce que tu représentes."

Restitution

Cet exercice vise à faire prendre conscience que tout ce qui est en notre possession peut nous être repris à n'importe quel moment. Il s'agit donc de considérer chaque chose comme un prêt et non comme une possession.

"Ne dis jamais à propos d'une chose : "Je l'ai perdue", mais "Je l'ai rendue". Ton enfant est mort ? Il a été rendu. Ta femme est morte ? Elle a été rendue. Ton champ t'a été pris ? Cela aussi a été rendu. "Mais celui qui me l'a pris est un scélérat." Et que t'importe par qui celui qui te l'a donné te l'a redemandé ? Aussi longtemps qu'ils te sont donnés, prends soin de ces biens comme s'ils appartenaient à autrui, ainsi que font les voyageurs dans une hôtellerie."
Épictète, Manuel , 11

"Purifie tes jugements, pour que rien de ce qui n'est pas "tien" ne s'attache à toi, ne te devienne connaturel, en sorte que tu n'en éprouves de la souffrance si on te l'arrache."
Épictète, Entretiens, IV, 1, 112

On pourra retenir pour cet exercice la formule simple suivante : "Ne dis jamais à propos d'une chose : "je l'ai perdue", mais "je l'ai rendue"."

Impermanence

Cet exercice vise à nous faire prendre conscience de notre place dans un univers en constante évolution et d'apprécier le lien qui réunit tous les êtres vivants.

"Acquiers une méthode pour observer comment les choses se changent l'une en l'autre ; fais-y continuellement attention, et exerce-toi de ce côté ; car rien n'est plus capable de produire les grandes pensées."
Marc Aurèle, Pensées, X, 11

"Fixe ton attention sur chacun de ces objets ;  vois-le déjà se dissoudre, se modifier, se gâter en quelque sorte ou se dissiper, ou mourir selon le mode qui lui est naturel."
Marc Aurèle, Pensées, X, 18

Cette dernière citation peut être considérée comme une formule simple à retenir dans le cadre de cet exercice.

Distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous

Cet exercice vise à nous aider à ne pas être accablé par la première impression que nous percevons quand un événement "malheureux" nous arrive. Il vise à faire la distinction entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. 

"Parmi les choses qui existent, les unes dépendent de nous, les autres ne dépendent pas de nous.
Dépendent de nous : jugement de valeur, impulsion à l'action, désir, aversion, en un mot tout ce qui est notre affaire à nous. Ne dépendent pas de nous, le corps, nos possessions, les opinions que les autres ont de nous, les magistratures, en un mot, tout ce qui n'est pas notre affaire à nous."
Épictète, Manuel, 1, 1

 "Ne demande pas que ce qui arrive arrive comme tu désires ; mais désire que les choses arrivent comme elles arrivent, et tu seras heureux."
Épictète, Manuel, 8
On pourra retenir pour cet exercice cette dernière citation et la formule simple suivante : "Il faut distinguer entre ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous."

Extension de soi au monde

Cet exercice vise à se projeter au niveau du monde et à harmoniser sa raison avec celle de la nature. Il est aussi l'occasion de se rappeler combien brève est la vie qui nous est accordée par rapport à la longue histoire du cosmos, et combien en conséquence est importante notre pratique quotidienne de la philosophie.

"Examiner le cours des astres dont la course est commune ; penser continuellement aux transformations des éléments les uns dans les autres. De telles images purifient ce qu'il y a de sordide dans la vie d'ici-bas."
Marc Aurèle, Pensées, VII, 47

"Songer constamment à l'ensemble de la durée, à l'ensemble de l'être : toute chose, relativement à l'être, est un grain de figue, et relativement au temps, un tour de tige."
Marc Aurèle, Pensées, X, 17

Cette dernière citation peut être considérée comme une formule simple à retenir dans le cadre de cet exercice.

Regard d'en haut

Cet exercice vise à prendre conscience de la petitesse des considérations humaines par rapport à l'univers, à changer notre jugement sur les richesses, le pouvoir, la guerre, les territoires et toutes les préoccupations de la vie quotidienne. Cet exercice doit nous aider à contempler à quel point la plupart de nos actions sont insensées, ainsi que l'imminence de la mort et donc l'urgence à pratiquer la philosophie.

"Petite est donc l'étendue de la vie ; petit, le coin de terre où l'on vit ;  petite, la plus longue renommée dans la postérité ;  elle dépend de la succession de petits hommes qui vont mourir très vite et qui ne connaissent ni eux-mêmes ni ceux qui sont morts il y a longtemps."
Marc Aurèle, Pensées, III, 10

"Oui, quand on parle des hommes, il faut examiner aussi de haut les choses terrestres, les rassemblements, les armées, les mariages et les ruptures, les naissances et les morts, le tumulte des tribunaux, les contrées désertes, les diverses populations barbares, les fêtes, les deuils, les marchés, tout ce mélange et l'ordre qui naît des contraires."
Marc Aurèle, Pensées, VII, 48

"Bientôt tu auras tout oublié, bientôt tous t'auront oublié."
Marc Aurèle, Pensées, XII, 21

Cette dernière citation peut être considérée comme une formule simple à retenir dans le cadre de cet exercice.

L'Ethique en pratique - La discipline de l'impulsion à l'action


La discipline de l'impulsion à l'action engage notre sens des responsabilités. Elle adresse comment nous devons nous comporter avec les autres êtres humains, qui sont potentiellement pour nous une source de désagréments car c'est notre devoir de prendre soin d'eux même s'ils peuvent se montrer détestables à l'occasion.

La discipline de l'impulsion à l'action est liée à la discipline des désirs (et aversions) dans le sens que les exercices ci-dessous visent à nous aider à rester une personne non soumise aux passions pour pouvoir agir sagement et conformément à la nature.

Définir l'action projetée

Cet exercice vise à nous aider à conserver la pureté dans l'intention de nos actions, et ce quels que soient les événements qui pourraient survenir dans le cadre de leur réalisation.

"Lorsque tu es sur le point d'entreprendre une action, remets-toi dans l'esprit ce qu'est cette action.
Si tu vas te baigner, représente-toi ce qui arrive dans un établissement de bain :  les gens qui t'aspergent d'eau, qui te bousculent, t'injurient, te volent. Et ainsi tu entreprendras ton action avec plus d'assurance, si tu ajoutes pour toi-même : "Je veux me baigner et en même temps que mon choix de vie reste en conformité avec la nature." Et qu'il en soit de même pour chaque action.
Car ainsi, si survient quelque empêchement à la baignade, que te soit présent à l'esprit: "Mais je ne voulais pas seulement me baigner, mais aussi, en même temps, faire en sorte que mon choix de vie demeure en conformité avec la nature ; or, je ne le garderai pas dans cet état, si je me mets en colère à cause des événements."
Épictète, Manuel, 4

"Le tireur doit tout faire pour atteindre le but, et pourtant c'est cet acte de tout faire pour atteindre le but, pour réaliser son dessein, c'est cet acte qui est, si je puis dire, la fin que recherche le tireur, et qui correspond à ce que nous appelons, quand il s'agit de la vie, le souverain bien : tandis que frapper le but n'est qu'une chose que l'on peut souhaiter, mais ce n'est pas une chose méritant à être recherchée pour elle-même."
Cicéron, Des termes extrêmes des biens et des maux, Livre III, 6, 22

"Montrez-moi un homme qui se soucie de savoir de quelle manière il agit, qui se préoccupe, non du résultat à obtenir, mais de son acte même...qui, en délibérant, s'inquiète de la délibération elle-même et non d'obtenir ce qui en fait le sujet."
Épictète, Entretiens, II, 16, 15

On pourra retenir pour cet exercice la formule simple suivante : "Fais ce que tu dois, advienne que pourra."

Agir avec une clause de réserve

Cet exercice, consistant à ajouter une réserve quant à la possible survenance d'obstacles pouvant gêner la réalisation d'un action entreprise, vise à aider le stoïcien à conserver une sérénité en toutes circonstances et à rester fidèle à son choix de vie.

"Le sage ne change pas sa décision si la situation reste intégralement ce qu'elle était lorsqu'il la prise... Mais, par ailleurs, il entreprend tout avec une clause de réserve...dans ses desseins très arrêtés, il fait la part des événements incertains."
Sénèque, Des bienfaits, IV, 34, 4-5

"Toutes choses lui adviennent, non selon ses désirs, mais selon ses prévisions. Et ce qu'il prévoit avant tout, c'est que des obstacles pourront toujours s'opposer à ces projets. Or il est nécessaire que la peine causée par un désir qui n'est pas satisfait soit plus légère à celui qui ne s'était pas promis d'avance le succès."
Sénèque, De la tranquillité de l'âme, XIII, 3

"Ils ne fléchissent pas sous les coups du sort, parce qu'ils en ont calculé à l'avance les attaques, car, parmi les choses qui arrivent sans qu'on le veuille, même les plus pénibles sont allégées par la prévision, quand la pensée ne rencontre plus rien d'inattendu dans les événements, mais émousse la perception, comme s'il s'agissait de choses anciennes et usées."
Philon d'Alexandrie, Des lois spéciales, II, §46

"Tout lui réussit et rien n'arrive contre son attente, car il prévoit que quelque chose peut intervenir qui empêche ce qu'il a projeté de se réaliser."
Sénèque, Des bienfaits, IV, 34, 4

Cette dernière citation peut être considérée comme une formule simple à retenir dans le cadre de cet exercice.

Agir pour le bien de la communauté

La discipline de l'impulsion à l'action consiste essentiellement à agir pour le bien de la communauté. Cet exercice spirituel d'application du discours intérieur sur l'impulsion à l'action est donc crucial.

"Quand tu as fait du bien et qu'ainsi, d'un autre point de vue, cela t'a fait du bien, vas-tu encore chercher, comme les insensés, en plus de ces deux choses, une troisième: celle d'être considéré comme un bienfaiteur ou d'être payé de retour ?"
Marc Aurèle, Pensées, VII, 73-74

"Et ainsi, il cessera d'abord de s'injurier lui-même, d'être en conflit avec lui-même, de se repentir, de se tourmenter ; quant aux autres, il sera un ami pour tous ceux qui lui ressemblent ; mais il supportera celui qui ne lui ressemble pas ; il sera doux et patient envers lui ; il lui pardonnera parce que c'est un ignorant qui se trompe sur les questions les plus graves ; il ne sera dur avec personne ; car il connaît très exactement le mot de Platon : "C'est toujours malgré elle qu'une âme est privée de la vérité.""
Épictète, Entretiens, II, 22, 36 

"Ce n'est pas la colère qui est virile, mais c'est la douceur et la délicatesse. Car c'est parce qu'elles sont plus humaines, qu'elles sont plus viriles: elles possèdent plus de force, plus de nerf, plus de virilité, et c'est ce qui manque à celui qui se met en colère et qui s'irrite."
Marc Aurèle, Pensées, XI, 18

"Les choses auxquelles tu es lié par le Destin, harmonise-toi avec elles. Les hommes auxquels tu es lié par le Destin, aime-les, mais vraiment."
Marc Aurèle, Pensées, VI, 39

"Les hommes ont été faits les uns pour les autres: instruits les ou supporte les."
Marc Aurèle, Pensées, VIII, 59

On pourra retenir pour cet exercice cette dernière citation ainsi que la formule simple suivante : "La vertu est à elle-même sa propre récompense."

Agir selon les valeurs

Cet exercice vise à reconnaître la valeur exacte d'une chose, et ainsi de réguler l'impulsion à l'action et distribuer l'intensité de nos actions proportionnellement à cette valeur. Les stoïciens distinguaient les choses selon trois niveau de valeur:

  1. choses qui sont parties intégrantes de la vie en accord avec la nature, c'est-à-dire de la vertu, exemple : exercices d'examen de conscience ou d'attention à soi, qui contribuent à la pratique de la vie morale. Ces choses ont une valeur absolue.
  2. choses pouvant aider d'une manière secondaire à la pratique de la vertu. Choses en soi ni bonnes, ni mauvaises, indifférentes par rapport au bien moral, mais dont la possession ou l'exercice permet de mieux pratiquer la vie vertueuse, exemple : la santé qui rend possible l'accomplissement des devoirs, la richesse si elle permet de secourir son prochain. Ces choses n'ont pas une valeur absolue, mais hiérarchisées selon leur rapport plus ou moins étroit avec le bien moral.
  3. choses qui, dans certaines circonstances, pourraient être utiles à la vertu, des choses qui, en soi, n'ont aucune valeur, mais que l'on peut échanger en quelque sorte pour un bien.
"Efface tes imaginations en te disant sans cesse : actuellement il dépend de moi qu'il n'y ait dans cette âme ni vice ni désir ni en général aucun trouble, mais que je voie les choses telles qu'elles sont en usant d'elles suivant leur valeur. Songe bien à ce pouvoir qui est dans ta nature."
Marc Aurèle, Pensées, VIII, 29

"Fixe-toi désormais un certain style et modèle de vie auquel tu te tiendras, que tu sois seul avec toi-même ou que tu rencontres des hommes."
Épictète, Manuel, 33, 1

On pourra retenir pour cet exercice cette dernière citation ainsi que la formule simple suivante : "Je dois voir les choses telles qu'elles sont en usant d'elles suivant leur valeur."

La Logique en pratique - La discipline du jugement


La discipline du jugement vise à utiliser correctement les représentations qui se présentent à nous.

Suspension du jugement et assentiment du jugement sur les représentations

Cet exercice vise à remettre en cause la première impression que nous pouvons ressentir suite à un événement, à ne pas donner trop vite son assentiment sans tout d'abord questionner cette impression et la juger à l'aune de ce qui dépend de nous ou de ce qui ne dépend pas de nous. 

"La maladie est une gêne pour le corps, mais pas pour le choix de vie, à moins que le choix de vie ne le veuille lui-même. La claudication est une gêne pour la jambe, mais pas pour le choix de vie.

Ajoute cette idée à l'occasion de chacun des accidents qui surviennent :  tu découvriras qu'il est une gêne pour une autre chose, mais pas pour toi."
Épictète, Manuel, 9

"Commence donc par les petites choses. Un peu d'huile s'écoule, un peu de vin est volé. Ajoute pour toi-même : "C'est à ce prix que l'on vend l'impassibilité, à ce prix que l'on vend la paix. On n'a rien gratis." Quand tu appelles ton esclave, pense qu'il peut ne pas entendre, ou, s'il a entendu, ne rien faire de ce que tu veux. Mais il n'est pas dans une situation si favorable, que la paix de ton âme dépende de lui."
Épictète, Manuel, 12, 2

"Comme nous nous exerçons sur les questions des sophistes, il faut aussi chaque jour nous exercer sur les représentations ; car, elles aussi, elles nous proposent des questions. Le fils d'un tel est mort. Réponds : "Ne dépend pas de la volonté, n'est pas un mal". Le père d'un tel l'a exclu de l'héritage ;  que t'en semble ? "Ne dépend pas de la volonté, n'est pas un mal." César l'a condamné. "Ne dépend pas de la volonté, n'est pas un mal". Il en a eu du chagrin : "Dépend de la volonté, c'est un mal". Il l'a supporté généreusement : "Dépend de la volonté, c'est un bien". Habitués à cette pratique, nous ferons des progrès ; car jamais nous ne donnerons notre assentiment à rien dont nous n'ayons une représentation compréhensive."
Épictète, Entretiens, III, 8, 1-4

"Mais, d'abord, ne te laisse pas prendre par sa vivacité ; dis : "Attends un peu, image ; laisse-moi voir qui tu es, ce dont tu es l'image ; laisse-moi t'éprouver"."
Épictète, Entretiens, II, 24

"Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur les choses.
Par exemple la mort n'a rien de redoutable mais c'est à cause du jugement que nous portons sur la mort, à savoir qu'elle est redoutable, c'est cela qui est redoutable dans la mort."
Épictète, Manuel, 5

"Voici comment les passions naissent, se développent, deviennent excessives. Il y a d'abord un premier mouvement involontaire, une sorte de préparation et de menace de passion. Il y en a un deuxième accompagné d'un désir qu'on peut encore dompter. Le premier choc sur l'âme, nous ne pouvons l'éviter avec l'aide de la raison, pas plus que certains mouvements réflexes qui arrivent au corps, comme le bâillement...La raison ne peut les vaincre, l'habitude peut-être et une attention continuelle les atténuent. Le deuxième mouvement, qui naît d'un jugement, peut être supprimé par un jugement."
Sénèque, De la constance du sage, X, 4

On pourra retenir pour cet exercice la formule simple suivante : "Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu'ils portent sur les choses."



Méditation du soir


"Ne laisse pas tomber le sommeil sur tes yeux fatigués avant d'avoir pensé à tous les actes de ta journée. Qu'ai je omis ? Qu'ai je fait ? Que fallait-il faire que je n'ai pas fait ? Commence par là et continue. Puis, si tu as mal fait, blâme toi, si tu as bien fait, sois content."
Épictète, Entretiens, X, 2

La méditation du soir vise à utiliser une forme d'auto-analyse philosophique et contemplative.

Avant de dormir, prenez 5-10 minutes pour repasser les événements du jour en esprit. Vous pouvez trouver utile d'écrire des notes de vos réflexions et de l'auto-analyse dans un journal documentant votre parcours d'apprentissage des pratiques stoïciennes au quotidien. Essayez de vous rappeler l'ordre dans lequel vous avez rencontré différentes personnes durant la journée, les tâches que vous avez entreprises, ce que vous avez dit et fait. Pour chaque situation, posez vous ces questions :

  • Qu'avez vous mal fait ? Vous-êtes-vous laissé dominer par des peurs ou des désirs excessifs ou irrationnels ? Avez-vous mal agi ou vous êtes vous laissez aller à des pensées irrationnelles ?
  • Qu'avez vous bien fait ? Avez-vous fait des progrès en renforçant votre prise sur les vertus ?
  • Qu'avez vous oublié ? Avez-vous raté l'occasion d'exercer des vertus ou votre force de caractère ?
  • Considérez comment ce qui a été mal fait ou négligé pourrait être fait différemment dans le futur. Faites ceci en critiquant vos actions spécifiques plutôt que vous même en personne.
  • Félicitez-vous pour ce que vous avez bien fait.
En faisant cela vous adoptez le rôle d'un ami et d'un conseiller avisé envers vous, plutôt qu'un critique dur et punitif.

Nous pouvons assumer qu'un stoïcien dont l'auto-analyse et la revue du jour précédent l'ont conduit à conclure qu'il a fait des erreurs de jugement, qu'il a mal agi ou failli à suivre ses principes, va rechercher à apprendre de cela et agir différemment le jour suivant. En se réveillant le jour suivant, vous trouverez probablement naturel de baser votre méditation matinale, en partie, sur vos réflexions de la veille au soir. Ces méditations peuvent se combiner pour former un cercle vertueux d'apprentissage.

Vous devez être prudents afin d'éviter de transformer vos réflexions en ruminations morbides. Gardez à l'esprit que le passé est en dehors de votre contrôle, adoptez une attitude d'acceptation provisoire de vos échecs en vous pardonnant et en promettant de vous conduire différemment dans le futur.


Pour conclure : malgré cet article conséquent, il y aurait encore beaucoup à dire et à développer. Je n'ai pas mentionné l'autre aspect de ces exercices de mémorisation, qui par le biais d'une méditation par l'écriture, vise à réécrire de manière personnelle chaque formule à partir de l'idée au cœur de chaque principe. Car comme le disait Épictète : "Que ces paroles te soient présentes à l'esprit nuit et jour ; il faut les écrire, les lire, converser à leur sujet, soit en toi-même, soi en t'adressant à un autre: As-tu une aide pour moi dans cette circonstance ?" (Entretiens III, 24, 103).
Désolé pour mes lecteurs rôlistes, mais à l'heure actuelle ces préoccupations philosophiques sont prioritaires pour moi, en effet comme disait Épicure à Ménécée : "Quand on est jeune il ne faut pas remettre à philosopher, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme. Or celui qui dit que l’heure de philosopher n’est pas encore arrivée ou est passée pour lui, ressemble à un homme qui dirait que l’heure d’être heureux n’est pas encore venue pour lui ou qu’elle n’est plus. Le jeune homme et le vieillard doivent donc philosopher l’un et l’autre, celui-ci pour rajeunir au contact du bien, en se remémorant les jours agréables du passé ; celui-là afin d’être, quoique jeune, tranquille comme un ancien en face de l’avenir. Par conséquent il faut méditer sur les causes qui peuvent produire le bonheur puisque, lorsqu’il est à nous, nous avons tout, et que, quand il nous manque, nous faisons tout pour l’avoir. Attache-toi donc aux enseignements que je n’ai cessé de te donner et que je vais te répéter ; mets-les en pratique et médite-les, convaincu que ce sont là les principes nécessaires pour bien vivre."

dimanche 25 janvier 2015

Développement d'une Campagne à Agôn - Enchaînement des premières quêtes

Avant-propos: cet article est le premier d'une série que je vais consacrer à la campagne que je mène à Agôn depuis presque un an maintenant. Cette série d'articles visera à vous présenter comment, en commençant par maîtriser les scénarios écrits par Ben Robbins, à savoir "Beast of Kolkoris" puis "Temple of Hera", j'ai développé plusieurs quêtes pour ma propre campagne. Je vous présenterai comment j'ai articulé ces différentes quêtes entre elles, comment à partir d'une idée simple j'ai étoffé mes scénarios en incorporant des éléments mythologiques, et comment le fait de suivre l'évolution des relations entre les Héros et les Dieux de l'Olympe a orienté mes choix de divinités impliquées dans ma campagne. Mais pour commencer, voici comment j'ai enchaîné les scénarios de Ben Robbins et comment cela a initié l'écriture de ma campagne.


Considérations générales


J'ai pris le parti de faire une succession immédiate de quêtes sans temps mort pour les Héros et sans période de repos "gratuite". J'ai opté pour l'utilisation des points d'adversité récupérés suite aux interludes effectués par les Héros entre les quêtes pour en créer les enchaînements.

Transition entre "Beast of Kolkoris" et "Temple of Hera"


Une fois la Bête éliminée et Eriton vaincu, les Héros sont approchés par Pedoclès, chef du conseil des citoyens de Kolkoris, et d'un vieil oracle Oenomaus qui s'appuie sur Pedoclès pour monter jusqu'au promontoire. Il s'adresse aux Héros en ces termes :

"Je savais que ce jour arriverait, où les Dieux réclameraient leur vengeance sur notre Roi. Avant de nous trouver un nouveau souverain, l'heure est aux funérailles du Roi de Kolkoris, et à l'organisation de jeux funéraires. Nous ferez-vous l'honneur, vous envoyés des Dieux, de participer à ceux-ci ?"

J'utilise les points d'adversité récupérés suite aux interludes suivis par les Héros pour se soigner et effacer leurs handicaps pour la création de 2 PNJs (Atalanta et Anaxagor) pour affronter les Héros lors des jeux funéraires (course, lutte et tir).

J'ai décidé que selon le résultat des épreuves, Héra approcherait les Héros des PJs ou ceux de Kolkoris alors qu'ils festoient et se reposent autour d'un feu. Si Héra choisit les héros de Kolkoris, Aphrodite approche les Héros des PJs le lendemain matin pour leur donner une autre quête:

"Debout Héros! Si vous voulez assurer l'avenir du bon peuple de Kolkoris, vous vous mettrez de suite en route pour empêcher le meurtre du successeur légitime au trône de Kolkoris, lui qui a reçu jadis ma bénédiction. Vous le trouverez lui et ses protecteurs dans un temple isolé non loin d'ici. Faites vite, si vous voulez préserver la paix de ce peuple !"

A partir de ce moment là, les Héros des PJs, s'ils ont été choisis par Aphrodite, feront exactement les mêmes épreuves que prévues dans le scénario original, mais juste derrière les autres héros choisis par Héra. Il n'y a qu'à un seul moment, où ils se confronteront avec les autres héros que ce soit pour récupérer le cor de Telepones ou trancher l'avenir du successeur légitime de Kolkoris.

Mais qui est ce successeur légitime exactement ?


Dans son orgueil, Aphrodite pensait pouvoir donner un héritier pleinement humain au peuple de Kolkoris, après que la seule fille de l'ancien Roi de Kolkoris (le grand-père de la Bête) ait donné naissance à un monstre (voir l'historique donné dans "Beast of Kolkoris").

Mais malgré sa nature divine, Aphrodite donna naissance à une créature semi-humaine, très proche d'un satire mais avec des jambes de taureau. Honteuse, elle décida de cacher ce fils et le confia à la garde des satires de l'île et de Dionysos. Cette engeance maintenant vieillissante fait partie des satires ayant élu domicile dans le temple d'Héra, et après avoir folâtré avec une des vestales présentes, cette dernière porte en elle le futur Roi légitime de Kolkoris, qui devrait naître totalement humain maintenant que la malédiction a été levée.

Transition entre "Temple of Hera" et ma campagne


Les Héros s'étant retrouvés enrôlés du côté d'Héra, et ayant refusé d'épargner la vestale portant le futur Roi, et ce malgré l'apparition d'Aphrodite possédant cette même vestale, ils se trouvent accueillis par une volée de flèches d'argent à leur sortie du temple. Il s'agit d'Atalanta qui s'étant échappée avant la fin du massacre dans le temple, et maintenant possédée par Artémis, ordonne aux Héros d'accomplir une nouvelle quête:

"Misérables humains, de quel droit vous êtes vous autorisés à souffler dans le cor de Telepones, que j’avais offert au plus grand chasseur ayant parcouru les terres des mortels, mon bien-aimé maintenant disparu… Pour laver cet affront et montrez que vous étiez dignes de souffler dans ce cor, je vous ordonne de vous rendre à Hagios pour débarrasser cette île de la menace d’une créature mangeuse d’hommes qui persécute ses habitants et de venir poser en guise de tribut sa tête préservée et le cor de Telepones sur l’autel de mon temple à Ephèse. Si vous vous révélez être de piètres chasseurs, craignez alors de devenir de piètres proies auxquelles je ne laisserai aucune chance !"

Je trouvais cela logique que Artemis entendant ce cor sonner, alors que cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas été utilisé, intervienne pour voir s'il s'agissait de Telepones, et dans le cas contraire jauger si cette personne était digne de souffler dans ce cor. Je n'avais par contre aucune idée bien précise, autre que celle d'envoyer les Héros chasser une créature monstrueuse, c'est-à-dire une quête digne d'Artémis. Je développerai dans un prochain article comment j'ai élaboré au total quatre quêtes intriquées à partir de cette simple idée.

Profitant des points d'adversité récupérés suite aux repos pris par les Héros dans le temple, j'ai préparé quelques péripéties pour le retour des Héros à leur trirème. Le massacre des satires a entraîné la colère de Dionysos, qui a provoqué une bacchanale folle dans la ville de Kolkoris et aucun habitant  de la ville n'y échappera. Elles sont citées ci-dessous :

  • Échapper à la folie provoquée par Dionysos qui a gagné toute la ville de Kolkoris (épreuve périlleuse)
  • Nager jusqu'à la trirème qui a commencé à s'écarter du port devant la folie ambiante
  • Calmer la mutinerie des marins voulant retourner à Iperna
Une fois l'ordre rétabli à bord, les Héros ont mis le cap vers Hagios.

Pour conclure : j'ai trouvé que de ne pas donner de repos gratuits aux Héros et d'utiliser les points d'adversité récupérés suite aux interludes dédiés aux repos des Héros en fin de quêtes, restait bien dans l'esprit d'Agôn, jeu pour lequel tout avantage doit être gagné et non offert. De plus cela permet de lier les différentes quêtes entre elles par l'intermédiaire d'épreuves, bien plus engageantes pour les joueurs que le simple fait de narrer cela par une ellipse. Dans mon prochain article, je vous présenterai comment j'ai élaboré la suite de ma campagne et mettrai à votre disposition les quêtes que j'ai écrites, premières publications qui porteront le logo ci-contre, symbole à présent de mes réalisations ludiques. Et vous, avez-vous expérimenté sur certains aspects avec Agôn ? Qu'en avez-vous retiré en termes de jeu ? 

dimanche 11 janvier 2015

Aujourd'hui je suis Charlie, et demain ?


Si je me joins par ce billet au mouvement républicain qui s'est manifesté partout en France aujourd'hui, je ne peux qu'espérer qu'après l'émotion et le recueillement, ce soit la raison et l'action qui guident dès demain les responsables français, qu'ils soient politiques ou religieux.


Que ces grands principes républicains inscrits au fronton de nos institutions soient réellement incarnés, qu'ils reviennent au coeur des décisions de nos responsables et restent présents dans les pensées de chaque citoyen comme le souvenir de cette journée fraternelle, empreinte d'égalité et de liberté. 

#JeSuisCharlie

jeudi 25 décembre 2014

Battlestar Galactica Résistance - A Frakkin' Skin Job !


Avant-propos: en ce jour de Noël, et pour ce nouveau billet, je vous ai préparé un petit cadeau. Vous trouverez dans l'article ci-dessous les règles du jeu de cartes Résistance, pour lequel j'ai réalisé un hack dans l'univers de Battlestar Galactica. Le jeu original Résistance a été créé par Don Eskridge et est édité par "lndie Boards And Cards". Vous trouverez, comme d'habitude, dans la colonne de droite à la rubrique "Mes réalisations ludiques" le fichier au format pdf "Battlestar Galactica Résistance" à télécharger et à imprimer (l'option d'impression "9 pages par feuille" vous permettra de conserver le format original des cartes tout en économisant le nombre de feuilles à imprimer). Ensuite, il ne vous restera plus qu'à vous armer de ciseaux et de courage. Pour ma part, ne pouvant imprimer sur des feuilles épaisses / cartonnées et les plastifier, j'ai glissé les recto et verso de chaque carte dans une pochette plastique contenant déjà une carte lambda d'un autre jeu.

Contenu


Le fichier à imprimer comprend :

10 cartes Personnage
Recto - Carte Personnage
Verso - Carte Personnage











10 cartes Identité (6 Colons & 4 Cylons)
Recto (Cylon) - Carte Identité
Recto (Colon) - Carte Identité











Verso - Carte Identité











1 carte Commandant
Recto - Carte Commandant
Verso - Carte Commandant













5 cartes Escadron
Recto - Carte Escadron
Verso - Carte Escadron











20 cartes de Vote (10 "Oui, c'est ce que tous nous disons !" - 10 "Frak, non !")
Recto - Carte Vote
Recto - Carte Vote











Verso - Carte Vote











10 cartes Mission (5 "Mission Réussie" & 5 "Mission Échouée")
Recto - Carte Mission
Recto - Carte Mission











Verso - Carte Mission











15 cartes Complot (utilisées uniquement pour jouer avec l'extension "Le Plan")
Recto - Carte Complot
Verso - Carte Complot











1 carte Tableau de Score
Recto - Carte Tableau de Score
Verso - Carte Tableau de Score











1 carte Formation d'Escadron
Recto - Carte Formation d'Escadron
Verso - Carte Formation d'Escadron











1 carte "Le Plan"
Recto - Carte Tableau des Complots
Verso - Carte Tableau des Complots











1 carte "Choisissez votre camp". Sur cette carte vous pourrez disposer 6 marqueurs de score (3 jetons bleus pour les missions réussies et 3 jetons rouges pour les missions échouées)
Recto - Carte Marqueurs des Scores
Verso - Carte Marqueurs des Scores











But du jeu


Résistance est un jeu de persuasion et de déduction autour d'un système d'identités secrètes . Les joueurs y incarnent des Colons humains luttant pour survivre face au plan d'élimination organisé par les Cylons, ou des Cylons tentant d'enrayer cette rébellion. Les Colons remportent la partie si trois Miss ions sont menées avec succès, tandis que les Cylons sont immédiatement déclarés vainqueurs s'ils parviennent à faire échouer trois Missions. Les Cylons peuvent également gagner à tout moment si les Colons échouent 5 fois d'affilée à désigner un Escadron pour la prochaine Mission (5 votes négatifs pour la même mission).
Une règle essentielle de ce jeu est la totale liberté de parole de tous les joueurs, à tout moment de la partie. Le dialogue, le mensonge, l'intuition et les interactions entre les joueurs sont aussi importants pour parvenir à la victoire que les déductions logiques.

Les cartes


Cartes Personnage: elles représentent l'avatar incarné par le joueur pour la partie.
Cartes Identité: elles déterminent l'allégeance du joueur (chaque joueur est soit un Colon, soit un Cylon). Un joueur ne doit jamais révéler sa carte Identité sauf s'il y est amené par l'effet d'une carte Complot.
Cartes Escadron: elles sont utilisées pour désigner les joueurs assignés à l'Escadron pour la prochaine Mission.
Cartes de Vote: elles sont utilisées pour approuver ou rejeter l'Escadron désigné par le Commandant.
Cartes de Mission: elles sont utilisées pour déterminer la réussite ou l'échec de la Mission.
Cartes Complot: actions spéciales utilisées uniquement avec l'extension.


Préparation


Posez les marqueurs de score sur la carte associée, les cartes Escadron et les cartes Mission à côté du
tableau de score, au centre de la zone de jeu, puis placez le marqueur de progression sur la case de la première Mission. Donnez deux cartes de Vote (une de chaque type : "Oui" et "Non") à chacun des joueurs. Remettez ensuite la carte Commandant au joueur incarnant dans l'ordre de présence :William Adama / Laura Roslin / Saul Tigh / Lee Adama / Gaius Baltar, puis utilisez le tableau sur la carte Formation d'Escadron pour déterminer le nombre de Colons et de Cylons à inclure dans la partie.

Mélangez les cartes Identité correspondantes et distribuez-en une, face cachée, à chaque joueur, qui prend connaissance de son rôle en la regardant discrètement.

Identification des Espions :
Une fois que les joueurs ont pris connaissance de leur allégeance, le Commandant doit s'assurer que tous les Cylons se reconnaissent en donnant les directives suivantes:
"Tout le monde ferme les yeux."
"Les Cylons ouvrent les yeux et regardent les autres joueurs afin de tous se reconnaître entre eux,"
"Les Cylons referment les yeux. Tout le monde doit maintenant avoir les yeux fermés."
"Tout le monde ouvre les yeux."

Déroulement de la partie


La partie est composée de plusieurs manches, comprenant chacune une phase de formation de l'Escadron et une phase de Mission.

Former un Escadron
Lors de la phase de formation de l'Escadron, le Commandant désigne les personnages qu'il souhaite affecter à la prochaine Mission, puis tous les joueurs votent pour approuver ou rejeter l'Escadron proposé.

Affectation à l'escadron : Après les discussions nécessaires, le Commandant prend le nombre de carres Escadron correspondant à la prochaine Mission (en se reportant au tableau sur la carte Formation d'Escadron) et assigne chaque carte au personnage de son choix y compris lui-même. Chaque joueur ne peut recevoir qu'une seule carte Escadron par Mission.

Vote: Après les discussions nécessaires, le Commandant appelle au Vote pour l'Escadron qu'il a proposé. Chaque joueur, y compris lui-même, choisit secrètement une de ses cartes de Vote. Lorsque tout le monde a fait son choix, le Commandant demande la révélation des cartes de Vote. Si la majorité des votes est positif, l'Escadron est approuvé et la partie continue avec la phase de Mission. Sinon (y compris en cas d'égalité), la proposition d'Escadron est rejetée : le joueur assis à gauche
du Commandant actuel reçoit la carte Commandant et commence une nouvelle phase de formation de l'Escadron.

Si cinq Escadrons sont rejetés dans la même manche (5 votes négatifs d'affilée), les Cylons remportent immédiatement la partie.

Accomplir la Mission
Chaque joueur assigné à l'Escadron décide secrètement de soutenir ou de saboter la Mission. Le Commandant leur donne chacun deux cartes Mission différentes. Chaque membre de l'Escadron choisit une de ces cartes Mission et la joue face cachée devant lui. Le Commandant ramasse les cartes jouées, les mélange puis les révèle. La Mission n'est remplie que si seules des cartes Mission Réussie ont été jouées. Si une (ou plusieurs) carte Mission Échouée est révélée, la Mission est ratée.

Note: Les Colons doivent dans leur intérêt jouer une carte Mission Réussie. Les Cylons peuvent choisir de jouer une carte Mission Réussie ou une carte Mission Échouée.

Note: Dans une partie à 7 joueurs et plus, la 4ème Mission n'échoue que si au moins 2 cartes Mission Échouée sont révélées.

Note: Avant la révélation, il est conseillé de faire mélanger le paquet de cartes Mission jouées (et, séparément, celui des cartes Mission défaussées) par au moins 2 joueurs différents.

Une fois la Mission menée, indiquez sa réussite ou son échec en plaçant un jeton respectivement bleu ou rouge à la place du marqueur de progression , puis avancez ce dernier sur la case de la Mission suivante. Le Commandant actuel passe la carte Commandant à son voisin de gauche, qui entame une nouvelle phase de formation de l'Escadron.

Fin de la partie
La partie prend immédiatement fin lorsque trois Missions ont été réussies (victoire des Colons), ou trois Missions ont échoué (victoire des Cylons).

Notes :
Les Colons peuvent se baser sur des informations de différents types : il y a d'abord la façon de voter de chacun, puis les résultats des Missions, et enfin les indices décelés à travers les interactions entre les joueurs. Les Colons devront utiliser toutes les informations dont ils disposent pour démasquer les Cylons infiltrés parmi eux. Sauver l'humanité n'est jamais chose facile. Vous devez vous attendre à une large proportion de victoires des Cylons avec les règles de base, notamment pour les parties à plus de 7 joueurs. Les cartes Complot de l'extension "Le Plan" apportent de nouvelles sources d'information pour les Colons, ainsi que de nouvelles possibilités de manœuvres pour les Cylons.

Variantes :
Attaques ciblées: Le Commandant propose à la fois la Mission et l'Escadron. Chaque Mission ne peut être tentée qu'une seule fois, et la 5ème Mission ne peut être entreprise qu'après avoir réussi deux autres missions.
Cylons isolés: Ignorer la phase d'identification des Cylons.

Extension pour Résistance


"Le Plan" ajoute des cartes Complot, qui procure de nouveaux moyens d'identifier les autres joueurs ou de dissimuler sa propre allégeance. Pour une partie à moins de 7 joueurs, on n'utilise que 10 des 15 cartes Complot; référez-vous aux chiffres indiqués sur le côté droit des cartes pour savoir lesquelles. À 7 joueurs ou plus, on joue avec toutes les cartes Complot. Les cartes Complot ne sont pas secrètes et doivent rester face visible une fois en jeu.

Distribuer des cartes Complot:
Au début de chaque manche, le Commandant pioche des cartes Complot (2 dans une partie de 5 à 8 joueurs, 3 pour 9 ou 10 joueurs tel que décrit sur la carte "Le Plan") et les distribue au(x) joueur(s) de son choix (autres que lui-même). N'oubliez pas qu' il n'y a que 5 manches dans une partie.

Jouer des cartes Complot:
Il y a trois types de cartes Complot : les cartes devant être jouées immédiatement (usage immédiat), puis défaussées; celles pouvant être conservées jusqu'à ce qu'elles soient jouées (usage unique); enfin, les cartes restant en jeu jusqu'à la fin de la partie (usage permanent). Au cas où plusieurs cartes Complot puissent être jouées en même temps, elles devront être jouées dans le sens horaire, en commençant par le Commandant. Un joueur ayant renoncé à jouer une carte Complot à son tour ne peut plus en utiliser jusqu'à la fin de la manche. Les informations récoltées par le biais de cartes Complot peuvent être partagées, mais on ne doit jamais montrer une carte Identité ou Mission aux autres joueurs.

FAQ:
Puis-je tout de suite inclure l'extension avec des joueurs débutants?
Oui, il n'y a aucune raison de ne pas jouer avec l'extension lorsque vous accueillez de nouveaux joueurs dans un groupe déjà familiarisé avec les règles avancées. Il est toutefois conseillé de ne pas désigner un joueur débutant comme premier Commandant, afin de ne pas lui rendre le début de partie trop compliqué dans le cas où ce soit un Cylon.

Pour conclure : amusez-vous bien en cette période de fêtes, et encore une fois Joyeux Noël !

dimanche 14 décembre 2014

Principes de la philosophie stoïcienne - Discipline de l'assentiment

Avant-proposle précédent billet a présenté les Devoirs sur lesquels repose la  "Citadelle Intérieure", reproduite dans le schéma ci-dessous pour rappel. Mais il est également demandé au sage stoïcien de construire une discipline du jugement basée sur l'assentiment qu'il donne aux événements. Dans le présent article, je vais développer les méthodes sur lesquelles repose cet assentiment. Je finirai ce billet et cette série d'articles sur le stoïcisme, en essayant de résumer au mieux ce qu'il y a à retenir de cette philosophie.


Discipline de l'assentiment


Pour rappel, la discipline de l'assentiment requiert de toujours examiner et critiquer les jugements que je porte, que ce soit sur les événements qui m'arrivent ou que ce soit sur l'action que je veux entreprendre. L'assentiment initie le mouvement vers le désir ou l'impulsion à l'action. Mais ceci est inséparable de l'adhésion intérieure à un certain jugement et à un certain discours prononcé au sujet des choses.

La discipline de l'assentiment repose sur deux méthodes: la définition physique et l'Amor Fati.

Définition physique


Le principe directeur doit critiquer la subjectivité déformant le réel, afin de passer d'un discours intérieur subjectif à celui objectif. La subjectivité fait intervenir des considérations étrangères à la réalité. La définition physique vise à rechercher la représentation objective en situant les événements et les objets dans la perspective de la Nature.

Elle fera voir le peu de valeurs des choses dépouillées de leurs apparences. Par rapport à la valeur qu'est la pureté de l'intention morale, tout est vil, mesquin, souillure. Elle permet de réfléchir sur le caractère relatif et subjectif de la notion de souillure et de chose répugnante.

Elle sert à écarter tout faux jugement sur les choses et les événements qui nous paraissent pénibles ou répugnants. Ce qui est vraiment répugnant ce sont les passions et les vices, pas certains aspects de la matière comme les aspects physiologiques et physiques du fonctionnement du corps et de la transformation continuelle des choses en nous et autour de nous : la poussière, la saleté, la mauvaise odeur, la puanteur, car tous ces aspects ne sont que des conséquences nécessaires mais accessoires de l'impulsion donnée à l'origine des choses par la Nature.

La familiarité avec la Nature permet de reconnaître que les choses qui paraissent répugnantes, écœurantes, terrifiantes sont en fait belles car elles font partie des processus naturels, découlant indirectement de l'intention de la Nature.

Amor Fati


Etre indifférent aux événements qui ne dépendent pas de moi, c'est ne pas faire de différence entre eux, et donc de les aimer également. Ne pas rompre la cohésion du Tout en refusant d'accepter tel ou tel événement. Vouloir l'événement qui arrive dans l'instant présent c'est vouloir tout l'univers qui le produit, c'est éprouver un sentiment d'intimité avec l'univers. Le moi comme principe directeur coïncide avec le principe directeur de l'univers. En consentant aux événements, la prise de conscience du moi se hausse de sa situation limitée, de son point de vue partial et restreint d'individu à une perspective universelle. Ma conscience se dilate aux dimensions de la conscience cosmique.

Qu'il y ait une providence ou seulement des atomes, l'attitude morale stoïcienne est la seule possible: "Si tout va hasard, toi ne va pas au hasard."

Que retenir du stoïcisme ?


Le stoïcisme repose sur trois préceptes:
  • La vertu physique pour appréhender le rapport au monde
  • La vertu éthique pour appréhender le rapport aux autres
  • La vertu logique pour appréhender le rapport à soi

La Physique vise à ce que nous prenions conscience de notre part insignifiante dans l'Univers, que la seule valeur en regard de cette insignifiance est l'intention bonne moralement, et qu'il ne sert à rien de craindre ou de chercher à éviter les événements qui arrivent.

L'Ethique vise à définir les règles régissant notre rapport aux autres. Le stoïcisme n'a qu'un seul but, le bien de la communauté humaine. Chacune de nos actions devrait viser cet objectif, et porter en elles la bienveillance, la douceur, la bienfaisance et la justice envers autrui.

La Logique vise à diriger notre jugement, à lui donner des règles pour appréhender les événements de notre vie, ainsi que de guider nos désirs et nos actions. Ces règles doivent nous aider à préserver notre sérénité face à ces aléas de la vie et à reconnaître les valeurs véritables.


Pour conclure : ainsi se termine cette série d'articles sur la philosophie stoïcienne. Cette philosophie se montre très exigeante envers quiconque voudrait suivre ces préceptes. La stricte observance de ces préceptes n'est qu'un idéal à atteindre, et le sage en a pleinement conscience, mesurant chaque jour sa progression vers cet idéal inaccessible. Il existe d'autres philosophies plus accessibles, comme l'épicurisme par exemple, et d'autres encore plus difficiles à suivre, comme le cynisme. J'aborderai en détail ces deux philosophies dans des articles dédiés futurs.

dimanche 30 novembre 2014

Principes de la philosophie stoïcienne - Le traité des devoirs

Avant-propos : le précédent billet a introduit la notion de "Citadelle Intérieure", reproduite dans le schéma ci-dessous pour rappel, et dans laquelle il est demandé au sage stoïcien de construire une discipline du jugement basée sur l'assentiment qu'il donne aux événements et aux devoirs qu'il se doit d'accomplir. Dans le présent article, je vais développer cette théorie des devoirs en détaillant les caractéristiques associées à l'intention morale.


Le traité des devoirs


L'homme est régi par des lois de 4 natures :
  • universelle : consentir au Destin
  • végétative : conservation de soi en se nourrissant à condition que la satisfaction de cette exigence n'ait pas un effet néfaste sur les autres forces internes à l'intérieur de l'homme
  • animale : conservation de soi grâce à la vigilance des sens
  • humaine : entière mise au service de la communauté humaine
Les devoirs sont des actions ayant pour fin le bien de la communauté humaine et conformes à la Nature humaine, à la Raison commune à tous les hommes, à la Nature et à la Raison universelle.

Il s'agit de procurer à la volonté bonne une matière d'exercice et à fournir un code de conduite pratique permettant de faire des différences dans les choses indifférentes et d'accorder une valeur relative aux choses en principe sans valeur. On reconnaîtra rationnellement les choses qui ont une "valeur" car elles correspondent aux tendances innées que la nature a mises en nous : aimer la vie, ses enfants, un instinct de sociabilité, former des groupes, des assemblées, des cités, se marier, servir sa patrie, avoir une activité politique.

Les devoirs correspondent à certaines actions appropriées:
  • actions dont l'initiative dépend de nous, supposant une intention bonne ou mauvaise, qui ne peuvent donc être accomplies de manière indifférente, mais ont un résultat qui ne dépend pas de nous,
  • actions portant sur une matière en principe indifférente puisque ne dépendant pas entièrement de nous mais aussi des autres hommes ou des circonstances, des événements extérieurs donc du Destin. Cette matière peut raisonnablement, vraisemblablement, être jugée conforme à la volonté de la Nature, donc revêtir une certaine valeur soit en raison de son contenu, soit en raison des circonstances.

Les objets et matières qui sont en soi indifférentes prennent une valeur dans la mesure où ils permettent à l'intention de s'appliquer, de se concrétiser : l'intention morale transcende ces objets et matières. En les considérant dans une perspective cosmique, les choses de la vie peuvent paraître belles, parce qu'elles existent, et pourtant sans valeur parce qu'elles n'accèdent pas à la sphère de la liberté et de la moralité.

Pour que des impulsions actives soient considérées comme bonnes, elles doivent présenter les caractéristiques suivantes :
  • qu'elles soient accompagnées d'une clause de réserve,
  • qu'elles aient pour but le service du bien commun,
  • qu'elles soient en rapport avec la valeur.

Nous allons aborder ces trois caractéristiques en détails ci-après.

Clause de réserve


L'intention d'agir et l'action se fondent dans un discours intérieur qui va énoncer le dessein de celui qui agit. Dans ces desseins très arrêtés, avec une intention ferme, déterminée, résolue à vaincre tous les obstacles, le sage stoïcien fait la part des événements incertains.

"La ferme persévérance dans les décisions prises après mûres réflexions."

La clause de réserve signifie que cette décision ferme reste toujours entière, même si un obstacle surgit devant en empêcher la réalisation. Cela fait partie des prévisions du sage et ne l'empêche pas de vouloir ce qu'il veut faire. Dans le stoïcisme faire telle ou telle action n'est pas une fin en soi. C'est une distinction capitale : celle qui oppose le but et la fin. Il ne peut vouloir le but qu'avec une clause de réserve, à savoir : à condition que le Destin le veuille aussi.

Celui qui agit doit cependant pouvoir changer d'avis si quelqu'un lui donne des raisons valables de le faire.

La seule valeur absolue, c'est l'intention morale. Elle seule dépend entièrement de nous. Ce qui compte, ce n'est pas le résultat, qui ne dépend pas de nous, mais du Destin, ce qui compte c'est l'intention que l'on a en cherchant à atteindre le résultat.

Si notre activité est animée par l'intention parfaitement pure de ne vouloir que le bien, elle atteint à chaque instant sa fin, elle est toute entière présente dans le présent, elle n'a pas besoin d'attendre du futur son achèvement et son résultat.

Quand nous ne pouvons plus agir de la manière que nous voulions, quand le résultat même de l'action que nous voulions faire ne pourra se réaliser, nous ne devons pas nous laisser troubler par le vain désir de faire une chose impossible mais revenir à la discipline du désir et accepter volontiers la volonté du Destin. Il nous faudra ensuite revenir à l'action, à la discipline de l'action, en tenant compte avec prudence des nouvelles données.

Comment éviter que le consentement au Destin ne se transforme en résignation fataliste et en nonchalance ? Comment ne pas être envahi par le souci et la colère lorsque ceux avec qui je collabore entravent mon action ou lorsque le Destin m'empêche de faire le bonheur des autres ? Comment peuvent coexister la sérénité et le souci de bien agir ?

Il faut accepter avec sérénité la situation, que les circonstances fassent obstacle à mon action.

Il s'agit alors d'utiliser avec sollicitude, avec attention, avec habileté, les circonstances de mon action telles qu'elles sont voulues par le Destin, et d'exploiter d'une manière rationnelle et réfléchie les ressources que l'on peut trouver dans la situation.

Le sage stoïcien doit adopter la sérénité de celui qui n'est pas troublé par la situation dramatique, qui accepte la réalité telle qu'elle est, mais également conserver la sollicitude de celui qui poursuit l'action commencée, malgré les obstacles et les difficultés, en la modifiant en fonction des circonstances, tout en gardant toujours présente à l'esprit la fin qui doit être la sienne, la justice et le service de la communauté humaine.

Une méthode pratique consiste en un retournement de l'obstacle : si quelque chose vient faire obstacle à ce que j'étais en train de faire, à l'exercice de telle vertu que j'étais en train de pratiquer, je peux trouver dans l'obstacle même l'occasion de de pratiquer une autre vertu. Le feu et la volonté bonne sont totalement libres à l'égard des matières qu'ils utilisent, ces matières leur sont indifférentes, les obstacles qu'on leur oppose ne font que les alimenter, autrement dit, rien ne leur fait obstacle.

Un exercice de préparation aux épreuves consiste à :
  • se mettre dans une disposition fondamentale de perpétuelle vigilance qui est celle du stoïcien qui s'attend à tout,
  • critiquer l'imagination angoissée du futur, l'imagination non contrôlée par la raison,
  • éviter d'être malheureux dans le malheur mais également avant le malheur :
    • rien ne sert de se troubler à l'avance au sujet des maux futurs puisque des maux qui ne sont que futurs ne sont pas des maux : circonscrire l'épreuve dans le moment où on la rencontre, il sera plus facile de la supporter instant par instant,
    • les maux que nous craignons ne sont pas des maux au sens stoïcien : ils ne dépendent pas de nous et ne sont pas de l'ordre de la moralité.
L'exercice de préparation aux difficultés ne ressortit pas seulement à la discipline du désir, à l'acceptation de la volonté du Destin, mais fait partie intégrante de la discipline de la volonté et de l'action. Il sert à motiver un certain type de conduite à l'égard des autres hommes : s'attendre à trouver de la résistance et de la mauvaise volonté chez ceux avec qui on collabore, se préparer à prendre une attitude de fermeté, mais aussi de bienveillance, d'indulgence, d'amour même à l'égard de ceux qui s'opposent à nous.

Cet exercice de prévision raisonnée nous préservera par une double préparation psychologique :
  • affronter en pensée les épreuves futures qui peuvent nous arriver, pour qu'elles ne nous surprennent pas d'une manière inopinée,
  • s'habituer dans la vie de tous les jours à rester libre intérieurement à l'égard de ce qui peut nous échapper.

Bien de la communauté


L'intelligence et la raison sont communes aux êtres raisonnables. Par leur universalité qui dépasse les individus, elles permettent de passer du point de vue égoïste de l'individu à la perspective universelle du Tout.

La conservation de soi et la cohérence avec soi-même ne sont possibles que par l'adhésion entière au Tout dont on fait partie. Etre stoïcien c'est prendre conscience du fait qu'aucun être n'est seul mais que nous faisons partie d'un Tout.

Les disciplines du désir et de l'action correspondent à une seule et même attitude : prendre conscience que l'on n'est qu'une partie du Tout, et que l'on ne vit que par le Tout et pour le Tout.

L'homme a donc l'étrange faculté de pouvoir par son intention, sa liberté, sa raison, se séparer du Tout en refusant de consentir à ce qui arrive et en agissant de manière égoïste. Mais, par un pouvoir encore plus merveilleux, l'homme peut revenir dans le Tout, après s'en être retranché. Il peut se convertir et se transformer, en passant de l'égoïsme à l'altruisme.

Il faut avant tout agir avec sérieux, c'est-à-dire :
  • agir avec tout son cœur, toute son âme,
  • rapporter toute action à une fin, mieux encore à la fin propre de la nature raisonnable et au service de la communauté humaine : prendre conscience de la véritable intention de nos actions et la purifier de toute considération d'égoïsme,
  • ne pas se disperser mais limiter son activité à ce qui sert le bien commun puisque c'est l'unique nécessaire qui apporte la joie et que le reste ne cause que trouble et inquiétude.

Bienfaisance

La bienfaisance fait partie des devoirs, mais le bienfaiteur ne doit pas considérer celui qui reçoit le bienfait comme son débiteur. Pour fonder le désintéressement de l'action bonne, il faut introduire la notion de fonction naturelle. Agir selon la raison, c'est agir conformément à la nature, c'est préférer l'intérêt commun, l'intérêt de l'humanité à son propre intérêt. La véritable action bonne doit être spontanée et irréfléchie, comme l'instinct animal. Elle doit venir sans effort, de l'être même, car la conscience trouble la pureté de l'acte, être conscient de faire le bien, c'est à la fois se composer artificiellement une attitude, se complaire dans cette affectation et ne pas consacrer toute son énergie à l'action elle-même. Une telle attitude semble aller à l'encontre de la disposition fondamentale du stoïcien qui est l'attention à soi, la conscience aiguë de ce que l'on est en train de faire. La vie morale c'est l'art de concilier les attitudes opposées comme d'une part l'attention à soi et la conscience du devoir et, de l'autre, la spontanéité et le désintéressement total.

Justice

Pour les stoïciens, la justice consiste à donner à chacun ce qui est dû à sa valeur, à son mérite. Les hommes qui ont de la valeur sont ceux qui pratiquent les devoirs consciencieusement, c'est-à-dire dans le domaine de la vie politique et quotidienne (celui des choses indifférentes) font ce qu'il faut faire, même si ce n'est pas dans un esprit stoïcien, en ne considérant comme une valeur absolue que le bien moral.

Cette justice qui distribue les biens en fonction du mérite personnel, sans favoritisme, en toute impartialité, a pour modèle l'action divine. Celle-ci s'impose à elle-même un ordre. Cet ordre soumet les buts particuliers à une fin unique, l'intention d'assurer le bien du Tout. L'action divine introduit une hiérarchie des valeurs entre les buts particuliers qu'elle s'assigne. Les êtres inférieurs, minéraux, plantes, animaux sont au service des êtres raisonnables et les êtres raisonnables eux-mêmes sont des fins les uns pour les autres.

L'expérience de tous les jours pourrait faire douter de cette justice divine puisque souvent les mauvais vivent dans les plaisirs et en possèdent les moyens, tandis que les bons ne rencontrent que la peine et ce qui la cause. Mais c'est là le jugement de gens qui considèrent les plaisirs comme des biens et ne comprennent pas que vie et mort, plaisir et peine, gloire et obscurité, ne sont ni des biens ni des maux, lorsque l'on recherche le bien moral.

Le Destin distribue à chacun ce qui correspond à son être et à sa valeur. Tout ce qui arrive, arrive donc justement, parce que tout ce qui arrive nous apporte ce qui nous appartient, ce qui nous était dû, en un mot ce qui convient à notre valeur personnelle et ce qui contribue ainsi à notre progrès moral. La justice divine est éducatrice. La fin qu'elle vise, c'est le bien du Tout assuré par la sagesse des êtres raisonnables.

L'idéal de justice selon la foi stoïcienne est celui-ci : une justice qui ne considérerait rien d'autre que la valeur morale, qui n'aurait aucun autre objectif que le progrès moral des hommes, et pour laquelle les choses indifférentes n'auraient de valeur qu'en fonction de l'aide au progrès moral qu'elles pourraient apporter.

Cet idéal de justice peut inspirer une disposition intérieure, imitant à la fois l'impartialité de la Raison universelle, qui impose à tous la même loi, et la sollicitude attentive de la providence, qui semble s'adapter à chaque cas particulier et prendre soin de chaque individu en tenant compte de ses forces et faiblesses.

Pitié, douceur et bienveillance

La plus grande partie de l'humanité est dans le mal contre sa volonté parce que tout simplement elle ignore la définition du vrai bien et du vrai mal. Tout homme a du bien, s'il parait devenir méchant, c'est qu'il se laisse tromper par l'apparence du bien, mais il ne désire jamais le mal pour le mal.

Cette ignorance des vraies valeurs dans laquelle les hommes se trouvent plongés est "en quelque sorte digne de pitié": c'est-à-dire digne d'une absence de colère et de haine à l'égard de ceux qui ignorent les vraies valeurs. Mais ce qu'il faut surtout c'est chercher à les aider, en les avertissant de leur erreur, en leur enseignant les vraies valeurs, en essayant de raisonner celui qui se trompe. Si l'on échoue dans cet effort, il sera alors temps de pratiquer la patience, l'indulgence, la bienveillance.

Un autre devoir est de s'efforcer à convertir ceux qui s'égarent, ceux qui ignorent les vraies valeurs, mais avant tout sans se fâcher et bien plus avec une infinie délicatesse. Le paradoxe de la douceur c'est qu'elle cesse d'être douceur si on veut être doux : tout artifice, toute affectation, tout sentiment de supériorité la détruisent. La délicatesse n'agit que dans la mesure même où elle ne cherche pas à agir, dans un respect infini à l'égard des êtres, sans une ombre de violence, même spirituelle. Il ne faut surtout pas se faire violence à soi-même pour essayer d'être doux. Il faut à la douceur une spontanéité et une sincérité presque physiologiques.

Ce qui fonde la force de la douceur c'est qu'elle est l'expression de l'élan profond de la nature humaine qui recherche l'harmonie entre les hommes ; c'est aussi qu'elle correspond à la domination de la raison, alors que la colère, l'irritation ne sont que des maladies de l'âme. La douceur est seule à pouvoir révéler aux hommes le bien qu'ils ignorent, quoiqu'ils le désirent par tout leur être. Elle agit à la fois par sa force persuasive et par l'expérience inattendue que sa rencontre constitue pour les êtres qui ne connaissent que l'égoïsme et la violence. Elle apporte avec elle un total renversement des valeurs, en faisant découvrir à ceux qui en sont l'objet leur dignité d'hommes, puisqu'ils se sentent respectés profondément, comme des êtres qui sont des fins en eux-mêmes, en leur révélant également l'existence d'un amour désintéressé du bien, qui inspire la douceur qui s'adresse à eux.

La douceur envers autrui ne doit pas exclure la fermeté.

"Essaie de les persuader, mais agis contre leur volonté si l'ordre raisonnable de la justice l'exige ainsi."

La douceur n'est pas réservée à ceux que l'on désire convertir, elle est destinée aussi à ceux que l'on n'a pas réussi à faire changer d'avis. Une telle attitude, se fondant sur l'idée de la communauté entre les êtres raisonnables, conduit finalement à la doctrine d'un amour du prochain qui s'étendra même à ceux qui commettent des fautes contre nous, du fait qu'ils sont de la même race que toi et qu'ils pêchent par ignorance et contre leur volonté.

L'attitude fondamentale du stoïcien sera donc l'amour des réalités avec lesquelles le Tout à chaque moment le met en présence et qui lui sont intimement liées, avec lesquelles en quelque sorte il s'identifie.

"Les choses auxquelles tu es lié par le Destin, harmonise-toi avec elles, Les hommes auxquels tu es lié par le Destin, aime-les, mais vraiment."

Si les choses aiment à arriver, il faut que nous aimions qu'elles arrivent.

Valeurs


Les degrés de valeur sont classés ainsi :
  1. En premier, les choses qui sont parties intégrantes de la vie en accord avec la nature, c'est-à-dire de la vertu, exemple : exercices d'examen de conscience, d'attention à soi, qui contribuent à la pratique de la vie morale. Ces choses ont une valeur absolue.
  2. En deuxième, les choses pouvant aider d'une manière secondaire à la pratique de la vertu. Choses en soi ni bonnes, ni mauvaises, indifférentes par rapport au bien moral, mais dont la possession ou l'exercice permet de mieux pratiquer la vie vertueuse, exemple : la santé qui rend possible l'accomplissement des devoirs, la richesse si elle permet de secourir son prochain. Ces choses n'ont pas une valeur absolue, mais hiérarchisées selon leur rapport plus ou moins étroit avec le bien moral.
  3. Et en troisième, les choses qui, dans certaines circonstances, pourraient être utiles à la vertu, des choses qui, en soi, n'ont aucune valeur, mais que l'on peut échanger en quelque sorte pour un bien.
Un des exercices très important de la discipline du jugement est de reconnaître la valeur exacte d'une chose. Il faut toujours essayer de voir chaque objet qui se présente dans sa nudité et sa réalité, également prendre conscience de sa place dans l'univers et de la valeur qu'il a par rapport au Tout et à l'homme.

La discipline du jugement est strictement liée à discipline de l'action: lorsqu'on a ainsi vu la valeur des choses, on doit agir en conséquence:
  • tout d'abord juger la valeur de ce qui est en question,
  • ensuite proportionner l'impulsion active à cette valeur,
  • enfin accorder impulsion active et action afin de demeurer toujours en accord avec soi.
La considération de la valeur se situe autant au niveau de la conduite individuelle qu'au niveau de la vie sociale. Le problème c'est que le stoïcien n'a pas la même échelle de valeur que les autres hommes. Ceux-ci accordent une valeur absolue à des choses qui sont, selon le stoïcien, indifférentes. A l'inverse le stoïcien accorde une valeur absolue au bien moral, qui n'a aucun intérêt aux yeux de la plupart des hommes. Il s'agit alors de secourir les autres aussi dans le domaine des choses indifférentes qui leur semblent si importantes, mais en tenant compte de la valeur des choses, c'est-à-dire de leur finalité morale, et cela sans partager le jugement des autres sur la valeur des choses : il ne faut pas s'apitoyer avec eux comme si ce qui leur arrive était un véritable mal.

Pour conclure : le prochain article clôturera cette série sur la philosophie stoïcienne en abordant la discipline de l'assentiment, autre pilier sur lequel doit reposer le jugement du sage stoïcien. Je tenterai également à cette occasion de faire une courte synthèse pour résumer l'essentiel à retenir de cette philosophie exigeante par nature. Comme d'habitude, tout commentaire et/ou question sont les bienvenus.